Maîtrise d'ethnologie, animatrice d'ateliers d'écriture, vidéaste

Animation d'ateliers d'écriture et réalisation vidéo.
Rencontre de l’autre dans son environnement,
monde rural et marginalité.

Maya Heuse-Defay

A 15 ans, j’installais mon premier agrandisseur dans la cave de l'appartement familial.  La pièce obscure devint un lieu d'expérimentation, de solitude et d'alchimie.
Mon temps libre était réparti entre le cinéclub du lycée, les salles d'art et d'essai de Paris et mon labo photo. Je découvrais et approfondissais ma relation avec l'image, le cadre, le tirage, l'ombre et la lumière.

Fatiguée des bancs d'école et peut-être un peu trop pressée de découvrir le monde, j'interrompis mes études après le baccalauréat, et, accompagnée d'un vieux Nikormat, je partis explorer l'Amérique centrale.
Je pris alors conscience de la non légitimité de ma place et de celle de mon appareil photo, de la nécessité de prendre le temps d'établir une relation de confiance et d'apprivoisement respectif si l'on veut capter l'autre au plus près de son être, si l'on veut révéler, sans folklore ni artifice, la singularité d'une personne.

De retour en France je décidais de poursuivre mon travail d'investigation et de recherche en m'interrogeant sur ce qui m'entourait, sur ce qui pouvait traduire ma propre "tribu". Je commençai une série de photographies autour des SDF de Paris, puis, installée en Cévennes Gardoise, je me tournai vers le monde rural et les paysans de la région.

Par désir d'établir une relation avec le monde paysan, je postulais à diverses activités professionnelles, passant du repiquage des oignons, aux vendanges, puis au métier de factrice. Ces différents rôles professionnels me permirent de pénétrer des espaces intimes, d'être plongée dans la réalité du quotidien, du rythme de vie, des savoirs-faire et façon de vivre. Je réalisais plusieurs séries de photographies sur les activités vernaculaires des Cévenols, saignée du cochon, transhumances, oignons, maraîchage…

Mais rapidement la photographie ne répondit plus à mes attentes. Pour être au plus près de mes recherches, pour témoigner d'existences et de réel en donnant la parole à l'autre, il manquait le son et le mouvement à mes restitutions. Je fis un bref passage dans le cinéma, en animant des ateliers de création cinéma auprès d'adolescents, mais l'approche fictionnelle du cinéma ne correspondait toujours pas à mes attentes. Mon obsession du réel et mon travail de terrain m'orienta vers l'ethnologie.

Je m'inscrivais en maîtrise d'ethnologie à Paris 7 en anthropologie audiovisuelle auprès de Jean Arlaud. Je découvrais alors les films des pionniers du documentaire puis je rencontrai l'oeuvre et la personne de Jean Rouch au Bilan du film ethnographique. L'année suivante, je devenais membre du Comité du film ethnographique. Munie d'une caméra vidéo, je commençais à réaliser des courts- métrage vidéo entre Paris et les Cévennes.

Salariée de l’association Débrouill’Art, j'anime des d'ateliers d'écriture et vidéo à visée ethnographique auprès d'adolescents en difficulté scolaire (REP, SEGPA). L'écriture et la vidéo permettant aux adolescents d'investir et de restituer eux-mêmes leurs propres cultures.

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Formation

  • 2008 - Montage : écritures documentaires

    Atelier Varan, Paris
  • 2007 - Réalisation de films documentaires

    Atelier Varan, Paris
  • 2006 - Montage

    Pages & Images, Montpellier
  • 2005 - Diplôme Universitaire Animation d’atelier d’écriture

    SUFCO de Montpellier
  • 2004 - Maîtrise d’Ethnologie

    Mention très bien. Université Paris 7 - Denis Diderot
  • 1997 - Formation Photographique

    Ecole Nicéfort - Montpellier

Parcours

  • 2009 - Assistante de production théâtre

    ID Production Paris, festival Off Avignon
  • 2007 - Tournage de Wagenburg Leben in Berlin

    avec Jean Arlaud et Ralf Marsault, Berlin
  • 2007 - Réalisation d’un documentaire De l’autre coté de la rue

    Paris
  • 2007 - Autour d’un groupe de sans domicile fixe - Réalisation d’un film documentaire

    avec l'association Champ-Contrechamp, Lasalle
  • 2005 - Animatrice d’atelier d’écriture

    Dans le carde du plan Borloo « Réussite Educative »
    collèges et primaires REP - Rueil Malmaison (92)
    6e SEGPA – Alès CM1 - Ganges
  • 2003-2005 - Technicienne festival "Retour d'Images"

    Paris
  • 2003-2005 - Technicienne festival "Bilan du film ethnographique"

    Musée de l'Homme - Paris
  • 2003 - Factrice

    dans le cadre de la maîtrise d’ethnologie la Poste de Sumène
  • 2000-2002 - Commandes photographiques

    A.N.P.E. du Vigan Catalogues d'artistes peintures et sculptures Gard Héraut
  • 1998-1999 - Voyage Venezuela

    EU, reportage photographique
  • 1998-2010 - Montage sonore analogique et numérique

    éditions audio Thélème - Paris
  • 1995-1997 - Photographe de plateau

    Association Cinéfacto - St Hippolyte Animatrice d'atelier photographique et vidéo Association les Vidéonautes - Gard

Divers

  • Langues parlées : Anglais - Espagnol -Français
  • Ecriture textes de Slam, chansons, théâtres, nouvelles
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Elaboration de mon film documentaire « De l’autre coté de la Rue »
Mars 2006, le parvis de Beaubourg.

Entre les films présentés au Festival du Réel, je fais des pauses autour de la bibliothèque. Au bout de quelques jours, je rencontre un groupe de sans domicile fixe installé sur les grilles d'aération du bâtiment.
Le réel, non pas en image, mais de la rue, qui depuis peu se recouvre de champignons aux sigles de "médecins du monde", poussés un peu partout sur les trottoirs de la Capitale. L'échange et la curiosité réciproques se mettent en place, le groupe m'accepte avec ma caméra.

J'installe une tente au sein du groupe, plongée au cœur de la ville où j'ai grandi, mais, changement d'axe, je me place de l'autre côté du trottoir, au cœur même de la réalité des SDF, leur quotidien, leurs rythmes de vie, leurs préoccupations. La face cachée de Paris. La rue transformée en lieu de vie, investi par des nomades, vagabonds, clochards, apatrides, réfugiés politiques, travailleurs, artistes…

Intérieur tente. Touristes, attache-case, étudiants, éboueurs, passants pressés ou promeneurs flâneurs, voitures, chiens, costard cravates ou képi.
Des pas, pressés, lents, absents, traînants, curieux. Le monde déambule sur les trottoirs de Paris.
Qui est en scène, le passant ou l'habitant de la rue?

J'observe le défilé dans l'entrebâillement de la porte, assise sur mon lit de fortune. Des jambes sans visage, talons hauts, tennis, roller, roues de vélo.
Des bribes de conversation accompagnent ces silhouettes. Le temps s'effile sans fin, de jour comme de nuit la ville vit.
Attendre, une pièce, une rencontre, l'heure de l'ouverture des douches municipales, de la distribution des repas, un rendez-vous imaginaire, une histoire à raconter plus tard.

22H00, la rue change de visage.
Marcel rentre du travail, un caddy rempli de nourriture. Les préparatifs culinaires débutent. De l'alcool à brûler à l'intérieur d'une boîte de conserve vide et trouée fait office de gazinière.
Chantal se met en cuisine avec Marcel, l'une est française, 50 ans, SDF depuis 5 ans, l'autre est polonais, 30 ans, en France depuis quelques mois.
Une troisième langue s'invente, la communication se fait entre gestuelle et bribes de mots.

1H00, le luminaire des toilettes municipales passe du vert au rouge, signalant l'heure qu'il est et la fermeture du lieu.

2H00, le groupe se réuni autour du repas. Les assiettes sont distribuées, les uns mangent dans leur tente, les autres debout ou assis autour du campement.
Papy, marocain de 60 ans, ancien prof à Jussieu, revient de ses déambulations quotidiennes, toujours habillé de son manteau trois quarts et de son attache case en cuir noir. Il regagne sa couche, un tas de cartons posé sur les grilles d'aération entre les tentes. Il sort de son cartable le Monde du Livre et se met à lire pendant des heures.

3H00, Tony, le plus jeune du groupe, va et vient à l'affût d'une dernière cigarette à taxer, d'une "petite pièce" pour une dernière canette.
Les passants se raréfient, claquement de talons titubants, rires hystériques, cris. Les grilles d'aération vibrent sous les poids des passants.
André se lève et fait les 100 pas, Papy ronfle dans son coin, Chantal coud sous la lueur d'un réverbère.

Je suis là, parmi ce groupe, devant l'école maternelle où j'ai grandi, la bibliothèque où j'ai étudié, et ce soir, avec une certaine touche d'exotisme et d'inconnu, je regarde la rue de l'autre côté du trottoir en pensant à un film qui s'appellerait "Moi, un SDF" ou bien "Paris vu par sa rue".