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Madame Marcelle trinque Mario regarde Mado

Le moment-clé au propos du film est celui de la veillée du jour de l'an. Fête civile, non identifiée comme le moment privilégié d'une affirmation identitaire collective précise, elle s'inscrit pourtant dans une tradition sociale de la culture occidentale fonctionnant comme point de référence pour tous, et revêt valeur de coutume à caractère universel. Cette date rituelle du changement dans le décompte du temps qui passe, a été choisie en raison déjà de l'ambiguité culturelle de sa fonction de repère social, qui lui permet d'être reconnue et réappropriée par tout un chacun en dépit de son appartenance, ou de son sentiment d'appartenance, ethnique, religieuse, etc.

Moment fort marquant le passage d'une année à une autre supposée, ou du moins souhaitée, être meilleure que la précédente. Moment suspendu où on enterre l'avant qui n'est déjà plus et où on attend l'après qui n'est pas encore là. Moment où des humains peuvent avoir le sentiment d'être provisoirement libérés du réseau de leur histoire et allégé du poids de ses vicissitudes. Moment où le champ du possible s'ouvre à nouveau...

C'est cela que l'on fête, cette grande illusion, avec son cortège d'espoirs, de petits souhaits, et de promesses que l'on se fait à soi-même : comme l'année, la vie peut changer. Et cela devient le prétexte à des festivités par lesquelles on imagine retisser un lien social lavé de ses dérapages antérieurs.

Moment encore où peuvent s'accuser les failles d'une vie exilée de ces liens. Moment de déshérence pour ceux qui, venant buter sur l'anonymat d'un entre-deux, n'arrivent pas à en finir avec l'année qui s'en va, et n'en peuvent déjà plus de l'année qui s'en vient...
Et pourtant il faut bien se la souhaiter bonne...

Alors, moment propice où une parole d'émotion peut se dire, avec ses fragilités, ses enthousiasmes et ses brisures, ses élans et ses ratés, ses rêves et ses déchirures, ses failles et ses fulgurances.

Moment propice où s'exalte ce qui fonde les identités et où se donne à voir ce qui fait sens pour soi face au regard des autres : un art partagé d'être, d'être entre-soi, d'être autre, d'être hôte, de paraitre, d'apparaitre, d'accueillir, de recevoir, d'offrir ...une esthétique de soi, pour soi, pour les autres.

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