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Realisation

Les lieux de tournage

Dans la constellation du quartier, des lieux fortement marqués par leur origine ethnique n'en sont pas moins des amers pour tous. Ils captent aussi bien les nostalgies diffuses des originels que le vague-à-l'âme de ceux en quête d'un ailleurs à la fois mythique et réconfortant. C'est que la différence identitaire peut fonctionner autant comme lieu de rupture que d'ouverture, et le marquage culturel cristalliser le repli jusqu'à l'enfermement ou captiver et réactiver les rêves d'appartenance et les désirs de sociabilité. Tout est dans la manière dont chaque espace s'inscrit dans le paysage imaginaire de ceux qui les hantent.
Une connaissance attentive des lieux a conduit à en élire sept en fonction de ces critères, cafés-restaurants français traditionnel, kabyle, kurde, yougoslave, martiniquais, africain et chinois.
Et puis il y a la rue, la rue incontournable, avec son kaléïdoscope de boutiques et d'échoppes, fantaisie et dureté mêlées, violente, ludique, débordée, engouffrée, chaleureuse, chahuteuse, agglutinée au goudron des solitudes, déroutante...

Le dispositif de tournage

Mario au zinc

Chacun de ces lieux doit être appréhendé dans la simultanéité et la continuité par une équipe légère (deux personnes au maximum en chaque point), l'unité de temps (du point du jour du 31 décembre jusqu'à l'aube du 1er janvier) étant, avec le choix des espaces, un des axes fondamentaux du film.
Plusieurs équipes seront constituées pour arriver à capter les multiples éléments de cette journée et veillée longue. Durant la journée deux équipes centrales, avec chacune un opérateur bien ancré dans le milieu, travailleront autour de personnages et lieux-clés. Pour la veillée longue, viendront en renfort deux autres qui travailleront dans des lieux complémentaires. Ces derniers équipiers seront choisis en raison de leur qualité d'écoute et de regard, le jeu étant pour chacun de se fondre comme élément de la veillée longue qui se déroule dans chacun des endroits retenus, de façon à suivre sans rupture, à travers les personnes qui l'investissent, ce qui se met en scène et ce qui se laisse dire à l'occasion de cette fête, et d'être à même de pouvoir en saisir de façon appropriée les moments pertinents.
Le choix de l'équipement se portera sur un matériel adapté à ce type de démarche : des caméras vidéo légères portées; peu d'éclairage rapporté, l'opérateur devant jouer avec les illuminations propres aux lieux; etc...
De manière à pouvoir tisser le montage dans un va et vient d'un lieu l'autre, le réalisateur proposera aux opérateurs son et image, sollicités en raison de sensibilités convergentes et d'une affinité potentielle avec l'un des lieux, un protocole souple de tournage afin de préserver la qualité différente des regards tout en maintenant une unité d'écriture cinématographique valant comme règles du jeu (choix des focales, des mouvements, des motifs, règles du jeu pour la partie son, etc...)

La découverte dans l'après-coup des matériaux réunis et à réunir, sera l'un des éléments majeurs qui irriguera la dramaturgie du film. Celle-ci est fondée sur un triple alliage, pluralité des lieux, unité de temps, mélodie de regards improvisant sur un thème commun. Pour l'affiner et la tresser autour des personnages-clés retenus et des situations fortes qui auront été saisies, un second tournage sera composé à partir du visionnage exhaustif des matériaux rassemblés sur la veille et la nuit du nouvel an. Ce tournage complémentaire autorisera le nécessaire ancrage dans la réalité quotidienne du quartier. Il sera rigoureusement structuré, puisqu'il sera le deuxième temps d'une scénarisation permettant d'accrocher la complexité d'un milieu humain et d'en restituer le jeu de miroirs des multiples facettes.

Par ailleurs, un travail photographique accompagnera le temps du premier tournage, lequel devra s'exercer dans le même esprit de complicité avec les situations vécues. Les portraits qui seront réalisés dans ce cadre pourront être intégrés dans la trame du montage pour souligner un moment, une attitude, un regard, où se cristallise une des vérités du rapport à l'autre et à soi, échappé et saisi à la faveur de cette journée particulière.

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