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Quelques données sur la population

(Les quelques informations qui vont suivre sont le fruit d'une enquête menée sur place, principalement lors du premier séjour.)

Une des étymologie, reconnue par les intéressés, du nom Nyangatom est fusils jaunes. Les Nyangatom ont dû acquérir des armes à feu dès la seconde moitié du XIXe siècle, en Ouganda actuel, des trafiquants d'ivoire du Swahili. Une fois établis dans leur territoire actuel (sud-ouest ethiopien, aux confins du Kenya et du Soudan), les Nyangatom n'ont vu que s'accroître les possibilités de se procurer des armes à feu. La conquête de Menelik II, et, plus tard, la brève occupation italienne, ont sans doute favorisé ce trafic.

Ethnie pastorale de 5.000 personnes environ, les Nyangatom occupent une partie de la basse vallée de l'Omo, province du Gemu-Gofa, Ethiopie, et transhument dans les plaines adjacentes du Soudan méridional. Sujets éthiopiens, ils se rattachent du point de vue culturel au monde nilotique.

Les Nyangatom affirment leur origine ethnique dans leur séparation d'avec les Dodos, en Ouganda, il y a un peu plus d’un siècle. Ils se mirent à la recherche de pâturages en marchant vers l'est et le nord de l'actuel pays turkana. Lorsqu'ils atteignirent le lac Rodolphe, ils obliquèrent vers le nord et regagnèrent la basse vallée de l'Omo et le cours inférieur de la rivière Kibish, centre de leur territoire actuel (cf. : première séquence du film). Le cours inférieur et le delta de l'Omo devaient déjà, à l'arrivée des Nyangatom, être aux mains des Dassenetch, 15.000 personnes environ, pasteurs eux aussi. L'histoire des relations entre les deux ethnies n'est pas encore élucidée, on sait seulement qu'elle est jalonnée de razzias et d'expéditions meurtrières engendrées par les violentes rivalités que suscite, à l'échelle interethnique, le contrôle des armes à feu. Les autres voisins des Nyangatom sont aussi perçus et traités comme des ennemis.

Les relations hostiles entre les Nyangatom et leurs voisins se doublent de liens économiques vitaux. Les échanges incluent le bétail, le mil, le tabac, les récipients en terre (les Nyangatom ignorent l'art de la poterie). Les guerres qui opposent ces tribus ont un fondement culturel, sans doute, mais elles résultent aussi de conditions écologico-économiques précaires qui suscitent d'incessantes rivalités, faible pluviosité, réseau hydrographique limité à l'Omo et à quelques rivières temporaires comme la Kibish en pays nyangatom, rareté des aires de pâturage qui se modifient considérablement d'une année à l'autre, ce qui engendre des rivalités sanglantes entre les tribus voisines.

Ces dernières années ont été marquées par une série de batailles entre les Nyangatom et leurs voisins.

Quand nous avons rencontré la population, les conflits étaient toujours latents. Les guerres de 1972 à 1973 avaient décimé une partie de la population. Les Nyangatom vivaient dans l'incertitude du lendemain : dans les entrailles des animaux se lisaient de mauvais présages, l'ennemi était encore proche.

Il faut noter que l'éloignement géographique, l'âpreté du climat, ont tenu jusqu'à aujourd'hui les Nyangatom à l'écart des influences abyssines et étrangères. Cette population se présente à nous dans une authenticité exceptionnelle.

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