Conditions et intentions de tournage

Kamaringiro à la caméra, Jean Arlaud et Philippe Sénéchal
Photo : Jacky Bouju

Il ne s'agit pas d'un film de reportage et encore moins d'un travail ethnographique filmé. L'enquête préalable que nous avons menée sur le territoire nyangatom avait pour seule fin de comprendre le fonctionnement social, symbolique et économique de cette population, de manière à entrer plus avant dans l'intimité de cette culture, et de lier des relations d'intelligence et de discrétion.

Notre propos filmique, loin d'être une mise en images des informations recueillies, prétend rendre compte de notre vision la plus intérieure possible de cet apprentissage culturel auquel nous nous sommes soumis, une fois nos catégories occidentales de pensée reléguées, autant que faire se pouvait, au rayon des accessoires.

Ce cheminement singulier, dans une micro-société laissée jusqu’à aujourd'hui à peu près intacte, ne pouvait se faire sans une initiation à la langue nyangatom.
Nous ne pouvions d'aucune manière recourir à un interprète ou à un informateur, celui-ci eut été introuvable, cette langue étant inconnue dans tout le reste du territoire éthiopien. Nous étions d'autre part trop déterminés dans notre entreprise pour mettre en place un intermédiaire entre la population et nous, ce qui, de toute évidence, aurait de quelque manièrealtéré la qualité de nos rapports.

Historique de la réalisation

Premier séjour - Octobre 1975-Février 1976.

Difficultés administratives et diplomatiques pour obtenir l'autorisation ; durée des démarches : 1 mois à Addis-Abeba.
Approche de la population et initiation à la langue.

- Tournage de 30 boîtes 120 m, son synchrone
- Incidents techniques non contrôlables sur place à cause de l'éloignement géographique et des difficultés de communication. Aucun contrôle du résultat image ne pouvait se faire.
Résultats : caméra défaillante, une grande partie de la pellicule voilée.
- Opérations sauvetage montage de 2 films de court-métrage déposés au C.N.C. - Label de qualité déjà obtenu.

AKUREN ET LODITMWE 16m/m couleur, son synchrone, durée 13 minutes.
BOIRE LE SANG 16m/m couleur, son synchrone, durée 6 minutes.

Deuxième séjour - Novembre 1976-Février 1977

- De nouveau, difficultés majeures problèmes diplomatiques et administratifs pour obtenir les autorisations.
- Difficultés d'acheminement du matériel et de la nourriture (personnelle et celle destinée a la population), le trafic aérien sur cette région étant modeste et parcimonieux.
- Impossibilité de louer un véhicule adapté à la brousse : budget trop faible. Le tournage s'est effectué à pied sur un rayon de 50 km.
Reprise de contact avec la population et poursuite de l'apprentissage de la langue.
- Tournage de 40 boîtes 120 mètres.
- Fin de tournage, difficultés climatiques, saison des pluies arrivant avant terme. Impossibilité matérielle de quitter les lieux (pistes embourbées, impraticables). Conséquence : une partie des matériaux filmés endommagés (pellicule mouillée).
- Retour Addis-Abeba/Paris retardé a cause du coup d'Etat (février 77). De nouveau, pellicule en souffrance. Intervention in extremis de l'ambassade de France, rapatriement du film.

Montage : 4 mois et demi.

Sous-titrage : 3 mois

Dans l'impossibilité financière de confier cette tâche à un laboratoire spécialisé, nous avons traduit, repéré, photographié, filmé, calé les éléments du sous-titrage et du générique nous-mêmes.

Quelques considérations sur la réalisation du film

La trame du film a été mise en place sur les lieux mêmes du tournage. Parallèlement à la connaissance tous les jours un peu plus grande que nous avions des gens et de leur culture, le scénario se modifiait. Les discussions, le soir, entre Nyangatom et l'équipe, préparaient les séquences futures.

Il nous faut préciser, pour la compréhension de notre démarche, que nous avons été progressivement perçus et situés, non plus comme des "étrangers", ce qui aurait constitué pour les Nyangatom une menace permanente, mais des membres intégrés au groupe, en fonction de nos âges et de nos rôles. Très rapidement, nous avons été assimilés chacun à une génération symbolique et traités en rapport de nos positions respectives. Les instruments de cinéma, nos caractéristiques physiques personnelles ont contribué à fixer notre identité, et un nom nyangatom a concrétisé celle-ci.

L'opérateur

la population nyangatom n'a jamais été filmée et, en conséquence, les instruments de cinéma leur étaient totalement inconnus. Après une présentation du matériel, nos invitations à écouter le son enregistré, à regarder dans l'œilleton de la caméra, tout en faisant fonctionner le zoom, la population a composé un nom, suivant le système d'usage, pour l'opérateur : son attribut étant la caméra/cinéma, il fut nommé Cinémamwé.
À partir de ce moment précis, la caméra n'était plus menaçante, puisqu'elle était la caractéristique majeure de l'opérateur.

L'ingénieur du son

Il portait les cheveux longs, et n'était pas, après vérification, une fille, fut nommé Lopezurmwé (le tueur de femmes). L'étrangeté physique était du même coup, partie intégrante de son nom, et constituait un élément fondamental de sa personnalité.

L'assistante

Elle fut nommée Nabenen (La mince) en référence à son physique.

Les trois membres de l'équipe, d'âge différent, appartenaient à des générations différentes : l'opérateur à celle des éléphants - les pères du pays -, l'ingénieur du son et l'assistante, plus jeunes, à celle des Autruches - les fils des pères du pays.
L'intégration au système symbolique nyangatom étant réalisée, la mise en place du film devenait plus aisée, et pouvait se faire de conserve, puisque nous avions chacun des statuts de confraternité.

Nous avons choisi dans un premier temps des gens qui, selon nous, représentaient avec le plus de pertinence la population. Les personnages avaient d'autre part une connaissance raffinée de leur culture, et l'exprimaient avec talent. Notre projet, après des soirées de palabre, était entendu, et la concertation spontanée et précieuse. Ils n'étaient plus des gens que l'on surprend, "caméra au poing", mais à la fois co-réalisateurs et acteurs. La mise en place des séquences était préalablement préparée, le canevas et le contenu discutés, les idées émises par l'équipe affinées, contestées parfois et abandonnées.

Ce premier film est une tentative d'approche de la population, mais aussi une recherche cinématographique entre la réalité et la fiction. Nous nous interrogeons sur la validité des genres en matière de cinéma : ce film est-il du documentaire ou de l'imaginaire ?

La question, pour l'instant reste posée. Nous espérons poursuivre notre démarche, réaliser d'autres volets, d'autres films, mettre en œuvre un jour, peut-être, la fresque à la fois historique et mythique des Nyangatom à partir des profondeurs de leur mémoire. Un contrat moral nous lie aux Nyangatom.

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Quelques données sur la population

(Les quelques informations qui vont suivre sont le fruit d'une enquête menée sur place, principalement lors du premier séjour.)

Une des étymologie, reconnue par les intéressés, du nom Nyangatom est fusils jaunes. Les Nyangatom ont dû acquérir des armes à feu dès la seconde moitié du XIXe siècle, en Ouganda actuel, des trafiquants d'ivoire du Swahili. Une fois établis dans leur territoire actuel (sud-ouest ethiopien, aux confins du Kenya et du Soudan), les Nyangatom n'ont vu que s'accroître les possibilités de se procurer des armes à feu. La conquête de Menelik II, et, plus tard, la brève occupation italienne, ont sans doute favorisé ce trafic.

Ethnie pastorale de 5.000 personnes environ, les Nyangatom occupent une partie de la basse vallée de l'Omo, province du Gemu-Gofa, Ethiopie, et transhument dans les plaines adjacentes du Soudan méridional. Sujets éthiopiens, ils se rattachent du point de vue culturel au monde nilotique.

Les Nyangatom affirment leur origine ethnique dans leur séparation d'avec les Dodos, en Ouganda, il y a un peu plus d’un siècle. Ils se mirent à la recherche de pâturages en marchant vers l'est et le nord de l'actuel pays turkana. Lorsqu'ils atteignirent le lac Rodolphe, ils obliquèrent vers le nord et regagnèrent la basse vallée de l'Omo et le cours inférieur de la rivière Kibish, centre de leur territoire actuel (cf. : première séquence du film). Le cours inférieur et le delta de l'Omo devaient déjà, à l'arrivée des Nyangatom, être aux mains des Dassenetch, 15.000 personnes environ, pasteurs eux aussi. L'histoire des relations entre les deux ethnies n'est pas encore élucidée, on sait seulement qu'elle est jalonnée de razzias et d'expéditions meurtrières engendrées par les violentes rivalités que suscite, à l'échelle interethnique, le contrôle des armes à feu. Les autres voisins des Nyangatom sont aussi perçus et traités comme des ennemis.

Les relations hostiles entre les Nyangatom et leurs voisins se doublent de liens économiques vitaux. Les échanges incluent le bétail, le mil, le tabac, les récipients en terre (les Nyangatom ignorent l'art de la poterie). Les guerres qui opposent ces tribus ont un fondement culturel, sans doute, mais elles résultent aussi de conditions écologico-économiques précaires qui suscitent d'incessantes rivalités, faible pluviosité, réseau hydrographique limité à l'Omo et à quelques rivières temporaires comme la Kibish en pays nyangatom, rareté des aires de pâturage qui se modifient considérablement d'une année à l'autre, ce qui engendre des rivalités sanglantes entre les tribus voisines.

Ces dernières années ont été marquées par une série de batailles entre les Nyangatom et leurs voisins.

Quand nous avons rencontré la population, les conflits étaient toujours latents. Les guerres de 1972 à 1973 avaient décimé une partie de la population. Les Nyangatom vivaient dans l'incertitude du lendemain : dans les entrailles des animaux se lisaient de mauvais présages, l'ennemi était encore proche.

Il faut noter que l'éloignement géographique, l'âpreté du climat, ont tenu jusqu'à aujourd'hui les Nyangatom à l'écart des influences abyssines et étrangères. Cette population se présente à nous dans une authenticité exceptionnelle.

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Lettre de Robert Jaulin sur le film

Transcription de la lettre

"Nyang Atom, les mots sonnent et prennent un corps, un visage, ils sont une identité, une terre, un lieu, une longue histoire, ils échappent à l'ordre de l'écrit, voire à celui de tout discours fermé sur lui-même ; Nyang Atom, ces mots sonnent, tout le long des images, des séquences, du film fait par Jean Arlaud, et nous nous en trouvons saisis ; nous sommes pris de saisissement car une quotidiennenté chargée de soleil, de sable, de rides, telle une personne que le corps aurait mandaté nous apostrophe, nous interpelle de façon si vraie, si franche que toutemélopée, toute sauce rapportée, ajoutée s'en trouverait ridicule si elle était là présente et insolite.

Le prodige est que Jean Arlaud ait pu totalement éliminer une telle sauce et qu'il ait tout à la fois réalisé une oeuvre d'art, donc un "objet" lourd de son regard et de sa subjectivité, et donné seule place à Nyang Atom, à une consonnance, un peuple, celui nommé Nyang Atom.

Paris, le 13 octobre 80
R. Jaulin"

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Lettre de Jean Rouch sur le film

Transcription de la lettre

"Le ciné-liberté au bout des fusils jaunes"

"Au-delà du temps et de l'espace, au bord de la rivière Omo, où, il y a quelques millions d'année, naquit peut-être, le premier homme, à cette lisière de l'Ethiopie et du Soudan, vivent 5.000 parterres oubliés, que les dernières aventures coloniales armèrent de carabines alpines, eur donnant leur surnom de nyangatom, "les fusils jaunes".

Il a fallu tout l'art, toute la patience, toute la tendresse de Jean Arlaud et de Philippe Sénéchal pour partager, avec une caméra, la vie quotidienne de Kamaringo, le maître éleveur, faire avec lui le thé fusant, en écoutant ses merveilleuses histoires : alors, la brousse s'anime des combats anciens ou des luttes futures ; alors, le détail du maquillage d'une femme ou le sourire d'un enfant sont des morceaux précieux du bonheur d'un instant ; alors, les robes des troupeaux revenant dans a poussière de la fin de l'après-midi fait rêver à la "poussière d'or dans la chevelure ailée" des bergers d'un temps perdu... Et puis, le sang du taureau sacrifié éclabousse de violence la brousse sèche.

Et soudain, tout se mêle : les crosses des fusils jaunes sont carressées avec autant de dévotion que la vulve de la génisse favorite, "caméra" (c'est-à-dire Jean, Philippe, et les nyangatom eux-mêmes, unis dans une seule équipe) écoutent les sandales de cuir leur prédire l'avenir du film en train de se faire, et le fil des jours devient ainsi le plus beau film des jours sans histoire, mais avec tellement d'autres histoires...

Du cinéma libre, exigeant, superbe.

Jean Rouch

Décembre 1980"

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Liste des sous-titres

- Kamaringiro
- Cumatak
- D'où sommes-nous venus, nous, les Nyangatom ?
- Notre pays était Kaziren
- Les Nyangatom, voilà leur montagne. Le mont Kaziren
- Nous étions voisins des Dodotho à Pelekec.
- Des Dodotho à Pelekec
- Et à Moggila
- Jusqu'à Moggila
- Voisins des Ngukulak.
- " Les pauvres ".
- Voisins des Tiye...
- A Morvankipi.
- Voilà nos territoires d'autrefois.
- Puis nous avons migré vers ce pays, Nokua,
- cette riviére Epoxot.
- Epoxot, "dure graminée", c'était son nom.
- Le pays était aux Nkaripore.
- Aux Nkaripore.
- Les Turkana attaquent les Nkaripore et les Ngukur.
- Les Turkana les chassent.
- Ils s'enfuient...
- … ils s'enfuient sur l'autre rive de l'Omo.
- Les Turkana sont alors les maîtres du territoire.
- Nos guerriers avancent, avancent, avancent...
- La section des Cigognes passe par Kaalata
- et attaque à Kaepeele.
- Celle des Flamants passe par Natoatopat
- et attaque à Naoyakori.
- Nous donnons aux étangs les noms des boeufs tués à l'ennemi.
- Partout on se bat contre les Turkana ici, là, là, là...
- On se bat à la lance, partout, des deux côtés de larivière,
- On brise les Turkana : ils s'enfuient vers le sud.
- Ce fut ainsi.
- Les Nyangatom s'installèrent alors sur cette rivière.
- Et maintenant Kamaringiro,
- Les Nyangatom sont-ils tous réunis ici ?
- Les Nyangatom... après l'attaque des Marile,
- certains sont partis au Soudan.
- Il reste les Nyangatom d'ici,
- de Naoyatir, jusqu'au pays de Tikapil.
- Il reste ceux-là.
- Tous les autres ont fui au Soudan.
- Reviendront-ils ?
- Oui, même s'ils broutent là-bas, ils reviendront,
- ils reprendront la transhumance.
- Nous étions autrefois les NYAM-ETOM :- les Mangeurs d'Eléphants.
- Les Nyangatom ?
- Les Nyametom, "etom'.
- "L'élephant", celui qui accompagne notre génération.
- Maintenant nous sommes
- NYANGATOM les fusils jaunes
- Ce petit fusil Alpine, le petit Alpine,
- nous les Nyangatom, nous l'achetons quatre boeufs.
- Le grand Alpine, grand comme ça, quatre boeufs aussi.
- Le Mincir, quatre boeufs,
- le Tupay, six
- Le Turkey, six
- le Lyapan, trois.
- Le Lyapan, trois.
- Le Pagala, trois.
- C'est ainsi.
- Le sorgho...
- On désherbe les champs
- puis on sème.
- Avec la chaleur...
- … les épis se forment.
- On prend les épis verts...
- … qu'on enrobe de boue.
- On les cache près du feu domestique contre les mottes d'argile.
- C'est là qu'on les cache.
- Puis le sorgho mûrit.
- Et lorsqu'il est mûr,
- on prend quatre épis, dans chaque champ...
- quatre ici, quatre là,
- quatre là, quatre ici.
- On les dépose sous l'arbre
- et on frotte les bâtons à feu.
- . . .On grille les épis.
- ... On mâche ... On recrache...
- . . On mâche .. On recrache...
- Puis on en donne aux enfants, les enfants mangent
- ils mangent le sorgho, ils mangent
- Le rite des prémices est terminé, la récolte peut commencer.
- C'est ainsi.
- Voila la parole du sorgho chez les Nyangatom.
- D'où viennent tes vaches ?
- De Malipas, du ventre de Kaalata, des camps de brousse.
- Elles sont parties ce matin, elles n'ont pas bu hier.
- Alors elles viennent boire...
- Un jour sur deux.
- Où paissent les autres troupeaux,
- où sont les autres camps de brousse ?
- Du côté de Tirga, de Lokumalukwa.
- Ils reviendront tous aux villages
- Quand ?... Quand la pluie tombera-t-elle ?
- Dans quelques lunes... à la lune Titima.
- Titima, c'est alors qu'ils reviendront tous.
- On établit des camps de brousse parce que le soleil brûle l'herbe...
- Voilà pourquoi nous faisons des camps de brousse.
- Le soleil nous disperse.
- Le pays blanchit.
- On ne garde que quelques vaches pour leur lait.
- Le reste du bétail est dans la brousse.
- Le boeuf alezan... le boeuf imposant...
... le boeuf de Kamaringiro...
… c'est Lolukpore...
- Les boeufs que j'ai élevés... entends-tu ...
- Lobok à la robe chair.
- Lobok fut le premier.
- Lomwan-goria lui, Lobok
- Les hommes l'ont mangé.
- Puis ce fut Kamaringiro,
- le blanc, aux cornes dissymétriques.
- Kamaringiro : c'est mon nom.
- Puis j'ai élevé Lonyang, le Jaune.
- aux cornes dissymétriques.
- Les hommes l'ont mangé, là-bas, près des étangs.
- Puis j'ai élevé Lomeri, le Moucheté.
- Les hommes l'ont mangé.
- Il avait les cornes comme ça... comme le boeuf Ehailap.
- Puis Lonyang, le Jaune,
- aux cornes épaisses comme ma cuisse,
- et à la démarche de buffle.
- Les hommes l'ont mangé à Naoyakori.
- Enfin, j'élève Lolukpore...
- c'est lui...
- ... aux cornes basses.
- C'est lui. Il boit son eau.
- C'est ainsi.
- Kamaringiro, Si tu parlais du bétail de mariage...
- J'ai quatre femmes.
- Combien de têtes as-tu transférées ?
- Cent... cent quatre vingts têtes en tout.
- Combien t'ont-elles donné d'enfants ?
- L'une, six, l'autre, huit,
- une autre encore, neuf enfants.
- Pour toutes tes femmes, quel genre de bétail as-tu transféré ?
- Des chèvres, des vaches, des ànes et même un chameau.
- Donc, en tout, cent quatre vingts têtes de bétail.
- Cent quatre vingts.
- C'est cela, pour toutes tes femmes.
- C'est ainsi.
- Pour toutes les femmes.
- Le pays, qu'il soit prospère qu'il soit prospère
- Prospère, tous nos villages. Tous nos villages,
- nos camps, du Nord au Sud,
- de l'Ouest â l'Est.
- Pas de maladie, pas de mal.
- La santé, pour nous tous qui sommes assis avec le cinéma
- Cinémamwê, longue vie !
- Nos vaches, qu'elles broutent,
- à Kaalata, à Lollo, à Lolimpoc.
- Aucun mal, aucun.
- A celle de Tirga aussi, aucun mal.
- Que des choses excellentes.
- Qu’elles broutent à Loceper, Lolimpoc, Lollo.
- Qu’elles reviennent.
- Qu'on se trouve tous reunis.
- Qu'elles broutent.
- Qu'elles reviennent là. Qu'elles reviennent là.
- Derrière nous, sur la terre des morts.
- Qu'elles reviennent.
- Qu'elles boivent, qu'elles boivent.
- Que les mâles montent les femelles.
- Aucun mal !
- Les Marile, qu'ils restent sur leur terre.
- Les Turkana, qu'ils restent chez eux.
- Les Surma... pareil.
- Les Mursi... pareil.
- Les Kara... pareil.
- Les Jiye... pareil. Qu’ils restent loin de nos yeux.
- Notre bêtail de Morvankipi, qu'il se porte bien.
- Qu'il broute le pays du Soudan. Aucun mal.
- Qu'il dorme a nos côtés.
- Qu'on se réjouisse ensemble.
- Et toi Nakua, Kibish, sois prospère,
- jusqu’à Nakulamut, Kolothia, Kalapat.
- Qu'on se réjouisse du cinéma.
- Aucun mal.
- Aucun mal.
- Que la lune, là-haut, garde le bétail.
- Que le soleil regarde le bétail, que la terre le garde.
- Et l'étoile du soir, et les autres étoiles aussi.
- Aucun mal dans tous le pays.
- Que le pays se rejoigne, Akuj, toi qui es le ciel.
- Que le pays soit prospère. Que le pays soit prospère.
- Nukua, extermine nos ennemis.
- Que notre pays guérisse, que la guerre cesse.
- Aucun mal.
- Que le café vienne jusque chez les Nyangatom.
- Qu'on en boive. Qu'on en boive.
- Que nos huttes en soient pleines.
- Chez les Ibis, les Flamants, les Cigognes, les Ricins.
- Que le pays guérisse. Que le pays guérisse.
- Enfante, jeune fille, femme...
- un enfant dans ton ventre, qu'il y entre, toi, Nabenen.
- Toi, la chevelue, enfante...
- Lopezurmwe, fais un enfant à Nabenen.
- Enfante un garçon pas une fille...
- Et tu l'appelleras Kotol (Kamaringiro)
- Plus haut, plus haut.
- Donne à Kamaringiro.
- Tue les tribus
- les Marile
- les Surma
- les Hamar
- les Atulla
- tous nos ennemis
- les Surma
- les Jiye
- Tue, tue, tue, tue.
- Nakua, Kibish Kibish, notre rivière,
- depuis ta source, détruis tout ce qui approche de toi,
- détruis, détruis, détruis.
- Nous les Autruches, nous les guerriers...
... nous conduisons le bétail sous le soleil de la brousse...
- Dans la brousse, nous buvons notre soif…
- … dans la brousse, nous mangeons notre faim…
- Que disent les entrailles ?
- Voilà la crue qui vient.
- Voilà la pluie…
- Les traces blanches des pieds ennemis dans la poussière… proches…
- Nous les Autruches…
- … fils des Eléphants, les Pères du pays, et petits-fils des pierres...
- ... nous sommes les gardiens du pays...
- Kamaringiro
- Cumatak
- qui domine ce pays ?
- Ce ne sont pas les Nyangatom. Les Nyangatom sont paisibles.
- Ils restent assis.
- Ils restent assis.
- Ceux qui veulent dominer tout ce pays, être les seuls mâles,
- quelle est cette chose ? Ce sont les Marile...
- La coutume de ce pays :
- Chacun cherche à tuer un ennemi.
- "J'y vais pour avoir la poitrine scarifiée
- ... pour faire la cour aux filles"
- C'est la coutume
- Tous les guerriers font de même
- chez les Turkana
- les Toposa
- les Jiye
- les Nyangatom
- les Hamar
- les Ngikaalabong
- les Boran…
- Et quand ils se battent, que prennent-ils à l’ennemi ?
- Ils tuent, ils exterminent,
- ils découpent leurs ennemis sur le sol...
- ... Ils razzient le bétail.
- Les vaches, les chèvres, les ânes, tout.
- C'est ainsi.
- Et aujourd'hui, Kamaringiro, la guerre est-elle finie ?
- ... je te le demande...
- ... un jour se lève... ils n'ont pas attaqué.
- Un bon jour.
- Mais ça ne veut pas dire que la guerre entre les tribus soit finie.
- Lopathimwe
- Cumatak
- Les noms d'ennemis que tu portes comme Lopathimwe,
- dans quelles tribus les as-tu conquis?
- Quels ennemis as-tu tués ?
- Des Jiyé,
- des Ngikoroma.
- Voilà pourquoi on m’appelle Lopathimwe, Lokoromamwe,
- Lomojongmwe.
- Voilà mes noms d'ennemis.
- Quand je tuais un ennemi...
- je sentais tout mon corps régénéré...
- Tout le pays était régénéré le bétail, les gens,
- et moi-même,
- Donc on t'appelle Lokoromamwe pour un ennemi Koroma,
- Lopathimwe pour un Jiye tué au marécage.
- Lomojongmwe pour un Karimojong.
- Voilà mes ennemis et les noms que je porte.
- Et qui t'a donné ces noms ?
- Mes pères.
- Lesquels ?
- Les Pierres.
- Et quand tu tuais un ennemi que ressentais-tu
- dans ton coeur, ton corps ? De la joie ou...
- … De l'allégresse, de l'allégresse, j'étais heureux.
- Et quand je rentrais au village,
- tous mes pères, mes mères, mes proches
- tout le monde se réjouissait.
- C'est ainsi.
- Tout le monde se réjouissait
- Et moi aussi.
- C'est fini ?
- Cinémamwé, cette rivière est celle de mes pères.
- Cet arbre, la terre que nous foulons
- sont ceux de mes arrières-grands-pères, qui sont enterrés là.

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Fiche technique et équipe

Philippe Sénéchal et Jean Arlaud
Photo de Jacky Boulu

16m/m - couleur - durée 1 h 30
son synchrone - version originale sous-titrée français

  • Réalisateurs : Jean ARLAUD, Philippe SENECHAL, assistés de
    Bénédicte MALLET

  • Image : Jean ARLAUD

  • Son : Philippe SENECHAL

  • Mixage : Henri ROUX

  • Montage : Charlotte BOIGEOL, Bernard FAVRE, Simone JOUSSE

  • Participation Ethnographique : Serge TORNAY

  • Laboratoires : S.F.P. VITFER

  • Sous-Titres : AWA FILMS AWA

  • Musique originale nyangatom

  • Production : LES FILS DE L'HOMME, AWA FILMS AWA

  • Acteurs Principaux : KAMARINGIRO, CUMATAK, LOPATHIMWE

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